COMPOSITION DU TABAC
Dans la fumée de cigarette, on oppose le courant
primaire, directement inhalé par le fumeur, au courant secondaire,
qui résulte de la combustion de la cigarette non fumée, et au courant
tertiaire constitué par la fumée exhalée par le fumeur. Le tabagisme
environnemental résulte principalement du courant secondaire, qui, en
raison d’une combustion incomplète, contient à volumes de fumée identiques, des
concentrations plus élevées de substances toxiques (CO, benzopyrène, nicotine…)
que le courant primaire.
Les principaux constituants de la fumée
(plus de 4000) se répartissent en une phase gazeuse et en une phase
particulaire : le courant principal de fumée est constitué d’une phase
gazeuse (19,6%), d’une phase particulaire (4,5%) et d’air (75,9%).
1-
Phase gazeuse : la phase gazeuse comprend principalement
du dioxyde de carbone CO2 (12,5%), du CO (4%), de l’eau (1,3%) et, en quantités
plus faibles, des composés organiques volatiles (aldéhydes, cétones,
ammoniaque, méthanol, etc..).
2-
Phase particulaire : elle est constituée de particules mesurant
de 0,1 à 1micromètre de diamètre qui, en fonction de leur taille, peuvent se
déposer jusque dans les alvéoles. Ses principaux composants sont les
suivants :
2-1. les substances cancérogènes : ce sont les goudrons avec les
hydrocarbures aromatiques polycycliques tels que le 3,4-benzopyrène et les
nitrosamines. Le tabac renferme des carcinogènes complets, des carcinogènes
initiateurs et des promoteurs de la carcinogénese.
2-2. les substances irritantes : il s’agit principalement du cyanide
d’hydrogène, d’aldéhydes, d’acroléine, d’acides (acide cyanhydrique, phénols,
quinones), qui agressent l’épithélium bronchique avec des altérations
morphologiques et fonctionnelles du tapis mucociliaire et des fonctions
d’épuration de l’appareil respiratoire.
2-3. les enzymes protéolytiques et les radicaux libres : ils sont libérés par les polynucléaires
neutrophiles et les macrophages activés par la fumée de tabac, avec, pour
conséquence, un déséquilibre des balances protéases-antiprotéases et
oxydants-antioxydants, qui conduit à la destruction progressive du parenchyme
pulmonaire.
2-4. Les alcaloïdes et les inhibiteurs de la monoamine
oxydase (IMAO) :
l’alcaloïde majeur, de par sa quantité et de par son action pharmacologique,
est la nicotine. Des substances IMAO (harmane, norharmane, acétaldéhyde)
ont été mises en évidence dans la fumée de cigarette. Leur rôle dans le
renforcement de l’action de la nicotine et dans le maintien de la dépendance a
été confirmé de manière expérimentale.
§
Nicotine : la nicotine tient un rôle central dans la
dépendance tabagique. Elle exerce ses effets par l’intermédiaire des récepteurs
cholinergiques nicotiniques. La nicotine est un poison violent,
l’administration unique de 60 mg est mortelle.
- Absorption : son absorption par les
muqueuses est fonction du pH du tabac : la nicotine du tabac blond, plus
acide (pH 5,5) franchit difficilement les muqueuses buccale et nasale, et est
absorbée rapidement au niveau alvéolaire. La nicotine du tabac brun, plus alcaline
(pH 6,5) est plus facilement absorbée par les muqueuses. La nicotine atteint
les récepteurs cérébraux dès la huitième seconde après le début de
l’inhalation. Le pic plasmatique est atteint en quelques minutes et sa
décroissance est lente. La quantité de nicotine absorbée varie en fonction de
la façon de fumer.
- Elimination : la nicotine est
métabolisée au niveau du foie par les cytochromes P450 en cotinine qui est
ensuite éliminée par le rein directement ou sous forme hydroxylée. La demi-vie
de la cotinine est de 20 heures.
- Récepteurs nicotiniques et leurs effets
biologiques :
* récepteurs cérébraux : l’absorption
pulmonaire rapide de nicotine par l’inhalation de la fumée de tabac permet
d’obtenir des pics importants de concentration cérébrale de nicotine (effets
bolus), qui vont saturer les récepteurs nicotiniques situés sur les voies
dopaminergiques du système de récompense mésolimbique. Ceci explique
l’apparition des effets psychoactifs (renforcement positif). Cet effet bolus
est à l’origine de l’installation et de la poursuite de la dépendance
nicotinique.
* Autotitration : la prise
régulière de cigarettes au cours de la
journée permet de maintenir un taux assez stable de nicotine plasmatique,
souvent de l’ordre de 35 ng/ml (quoique variable pour chaque individu), taux en
dessous duquel le fumeur ressent une sensation de malaise et éprouve le besoin
de fumer, afin d’éviter l’expérience pénible du syndrome de sevrage
(renforcement négatif). Ainsi, le fumeur cherche dans la cigarette les effets
psychoactifs liés au bolus et il cherche à prévenir un manque lié à un titre
sérique de nicotine trop faible.
* Effets cardio-vasculaires :
l’administration de nicotine augmente la fréquence cardiaque, la tension
artérielle et le débit cardiaque par l’activation du système sympathique. La
consommation au long cours de nicotine conduit à une tolérance pharmacologique
qui modère ces effets.
* Effets digestifs : la nicotine
diminue le péristaltisme de l’estomac et elle augmente celui du côlon. La
constipation est donc une conséquence possible du sevrage.
* Effets sur le métabolisme basal : la
nicotine augmente les dépenses énergétiques, elle inhibe la lipogenèse et elle
diminue la prise alimentaire par l’effet anorexigène de la sécrétion de la
leptine par les adipocytes.
§
Additifs : de nombreuses substances, dénommées
« sauces » par les cigarettiers, sont ajoutées au tabac dans le but
de l’humidifier ou de l’aromatiser. Des études montrent que leur impact sur
l’augmentation de la présence de certains toxiques dans la fumée est net.
Autres modes de tabagisme : cigare, pipe, tabac à priser, tabac à
chiquer... La nocivité du tabac est globalement la même que la cigarette. Pour
le narguilé (chicha), il faut mentionner en plus la plus
grande richesse en CO.